AccueilDéveloppement durableCOP31 : Engagements et vulnérabilité de la République dominicaine face aux changements climatiques

COP31 : Les engagements de la République dominicaine et sa vulnérabilité face aux changements climatiques

Alors que la COP31 place l’adaptation, la résilience et le financement climatique au cœur des négociations internationales, la République dominicaine est confrontée à des risques qui imprègnent son territoire, ses ressources en eau, ses infrastructures sanitaires et les conditions de vie de sa population

SAINT-DOMINGUE. – Bien que la République dominicaine ait pris de nouveaux engagements et élaboré des plans d’adaptation, les documents officiels font état de limitations financières, d’inégalités d’accès aux services de base et de tâches en suspens pour renforcer sa capacité de réponse.

La vulnérabilité climatique ne commence pas lorsqu'un ouragan touche terre, ni ne disparaît lorsque les eaux de crue se retirent. Elle se manifeste également dans les ménages ayant un accès précaire à l'eau, les communautés installées dans des zones exposées et les établissements de santé qui doivent maintenir leurs services en situation d'urgence.

Le pays est confronté à des menaces qui vont au-delà des ouragans. Sa contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) la plus récente, soumise à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, identifie les sécheresses prolongées, les inondations urbaines, l'érosion côtière et les températures élevées comme des risques prioritaires.

Ces phénomènes affectent les infrastructures, les écosystèmes, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Leurs conséquences, cependant, ne sont pas réparties équitablement : les conditions économiques et sociales déterminent largement la capacité de chaque ménage à réagir et à se rétablir.

Dans ce contexte, la 31e Conférence des Parties à la Convention sur les changements climatiques (COP31) se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie. L’agenda international comprend l’adaptation, le financement climatique, la transition énergétique et la mise en œuvre de solutions. Pour la République dominicaine, cette conférence offre un cadre d’analyse permettant d’examiner non seulement ses engagements, mais aussi les ressources et les capacités dont elle dispose pour les respecter.

Un territoire exposé et des habitations vulnérables

La CDN 3.0 reconnaît la vulnérabilité du pays, due à son insularité et à sa situation géographique, face aux phénomènes hydrométéorologiques extrêmes. Parmi les mesures qu'elle prévoit figurent le renforcement des infrastructures d'assainissement dans les zones touristiques, la promotion d'une régénération urbaine résiliente, la gestion des bassins versants et la restauration des écosystèmes marins et côtiers.

L’exposition territoriale est étroitement liée aux conditions socio-économiques de la population. Les communautés proches des cours d’eau et des ravins, les villages situés en zones inondables et les ménages ruraux dépendant directement des ressources naturelles sont confrontés à des risques spécifiques. Les familles vivant dans des logements précaires, ayant un accès irrégulier à l’eau et des ressources économiques limitées, présentent également des perspectives de rétablissement différentes.

L’indice de vulnérabilité aux chocs climatiques (IVACC), développé par le Système à bénéficiaire unique (SIUBEN) avec le soutien technique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), nous permet d’observer cette relation entre les conditions des ménages et leur exposition aux tempêtes tropicales, aux sécheresses et aux inondations.

Les résultats, basés sur la troisième enquête socio-économique auprès des ménages de SIUBEN, réalisée en 2018, ont identifié 525 407 ménages présentant un indice de vulnérabilité élevé, soit 25,1 % des ménages enregistrés dans les zones prioritaires de pauvreté.

Parmi les provinces affichant les proportions les plus élevées, on trouve El Seibo (47 %), Azua (46 %) et Hermanas Mirabal (43 %). Les régions de planification de Cibao Nordeste et d'El Valle ont enregistré des proportions respectives de 39 % et 38,4 %.

Ces chiffres ne représentent pas l'ensemble des ménages dominicains et ne constituent pas une mise à jour pour 2026. Ils correspondent à la population enregistrée lors de cette enquête. Leur intérêt réside dans leur capacité à montrer comment la pauvreté et les conditions de vie influent sur la capacité à faire face aux chocs climatiques.

Eau et assainissement : disparités entre les ménages

L’accès à l’eau et aux services d’assainissement sont des composantes essentielles de l’adaptation. Les sécheresses et les modifications des régimes pluviométriques peuvent compromettre l’approvisionnement en eau, tandis que les inondations et la contamination des sources d’eau présentent des risques sanitaires supplémentaires.

Le fascicule II du X<sup>e</sup> recensement national de la population et du logement de 2022, publié par l’Office national des statistiques (ONE) en mai 2026, offre un aperçu des conditions d’accès à ces services.

D'après le document, 62,7 % des ménages sont alimentés en eau potable par le réseau d'aqueduc situé à l'intérieur de leur domicile. Ce pourcentage atteint 69,8 % en zone urbaine et chute à 44 % en zone rurale.

Ces différences se manifestent également en matière d'assainissement. 2,8 % des ménages déclarent ne pas disposer de services d'assainissement, une proportion qui atteint 6,4 % en milieu rural, contre 1,4 % en milieu urbain.

Parmi les ménages ayant accès à des services d'assainissement, 68,6 % utilisent des fosses septiques et 25,2 % sont raccordés au réseau public d'égouts. En milieu rural, ce taux de raccordement n'est que de 5,9 %.

Le recensement indique également que 84,3 % des ménages utilisent de l'eau en bouteille pour boire, un fait qu'il convient de distinguer de la source d'approvisionnement pour un usage domestique.

Ces indicateurs ne mesurent pas directement la vulnérabilité climatique ni ne déterminent la continuité ou la potabilité de l'eau fournie, mais ils décrivent les lacunes d'accès aux services de base qui peuvent affecter la capacité des ménages à faire face aux périodes de pénurie, d'inondations et de pollution.

La santé face aux effets du climat

La hausse des températures et les variations des précipitations peuvent modifier l'incidence des maladies vectorielles, affecter la disponibilité de l'eau potable et compromettre la continuité des services de santé en situation d'urgence, révélant ainsi que le changement climatique constitue également un défi pour la santé publique.

En République dominicaine, la dengue illustre le lien entre les conditions climatiques et la surveillance épidémiologique. Le 4 novembre 2026, le Programme spécial de recherche et de formation de l’OMS sur les maladies tropicales a publié un rapport sur l’expérience dominicaine avec le système EWARS-csd, qui combine les données épidémiologiques avec les données de précipitations, de température et d’humidité afin d’anticiper les risques d’épidémie jusqu’à 12 semaines à l’avance.

Cet outil est opérationnel dans neuf provinces à haut risque et touche environ 1,88 million de personnes, soit moins d'un tiers des 32 provinces. Un réseau de 82 responsables de la santé reçoit ses rapports hebdomadaires, et l'évaluation de l'OMS, en date du 7 août 2026, a identifié des signes d'alerte actifs dans six des neuf provinces participantes.

Globe. (Source externe).

Le pays dispose également du Plan national de santé et d’adaptation au changement climatique 2025-2030, élaboré par le ministère de la Santé publique avec l’assistance technique de l’OPS et de l’OMS. Ce document présente des mesures visant à renforcer la surveillance épidémiologique, à intégrer les données climatiques dans la planification sanitaire et à adapter les infrastructures hospitalières.

Parmi ses objectifs en cours figurent la création d'un système intégré d'information sur le climat et la santé d'ici 2028 et l'élaboration d'un atlas de la vulnérabilité du secteur de la santé d'ici 2030. Il prévoit également d'étendre les évaluations de sécurité hospitalière aux établissements de deuxième et troisième niveau.

Le défi du financement

Le plan de santé lui-même reconnaît une limitation majeure : la République dominicaine ne dispose toujours pas d’une stratégie de financement spécifique pour gérer les risques de catastrophe liés aux impacts extrêmes du changement climatique.

Selon le chapitre 10, le pays s'appuie principalement sur des mécanismes post-urgence, tels que la réaffectation du budget de l'État, le crédit et l'aide humanitaire. Le document souligne que les instruments de prévention disponibles pourraient s'avérer insuffisants face à des catastrophes de grande ampleur et que de nombreuses mesures d'adaptation dépassent les capacités financières nationales et nécessitent un financement extérieur.

Cette mise en garde souligne que la préparation sanitaire ne repose pas uniquement sur des plans, des protocoles et des systèmes de surveillance. Elle exige également des ressources pour mettre en œuvre des mesures préventives, protéger les infrastructures et assurer la continuité des services en cas d'urgence.

OMS : La prévention sauve aussi des vies

À la veille de la COP31, l'OMS a publié le rapport intitulé « Avantages et coûts mondiaux des actions prioritaires en matière de changement climatique et de santé », qui évalue les avantages sanitaires, environnementaux et économiques d'un renforcement de six interventions liées au climat et à la santé.

Selon leurs projections, la mise en œuvre de ces mesures à l'échelle mondiale pourrait prévenir environ 1,6 million de décès chaque année et générer 3 900 milliards de dollars de bénéfices économiques, en plus de 5 400 milliards de dollars d'avantages fiscaux annuels.

Les interventions comprennent des systèmes d'alerte sanitaire en cas de vagues de chaleur, de l'eau potable résiliente au climat, des installations d'assainissement de base, d'hygiène et de lavage des mains, des carburants et des technologies de cuisson plus propres, ainsi que des politiques efficaces de tarification des combustibles fossiles.

Moustique en train de piquer. (Source externe).

L'application combinée de ces mesures pourrait également permettre d'éviter l'émission d'environ 17 milliards de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone. L'OMS estime que, dans cinq des six interventions évaluées par une analyse coûts-avantages, chaque dollar investi générerait environ 24 dollars de bénéfices.

Ces chiffres correspondent à des scénarios d'expansion mondiale et ne constituent ni des résultats garantis ni des estimations spécifiques à la République dominicaine. Leur pertinence pour le pays tient au fait que plusieurs des mesures coïncident avec des problèmes constatés dans les ménages et dans leurs instruments nationaux d'adaptation : eau, assainissement, surveillance sanitaire et protection contre les températures extrêmes.

Les engagements et le coût de leur respect

La contribution déterminée au niveau national (CDN) 3.0 de la République dominicaine, présentée en juin 2026, fixe les objectifs climatiques du pays pour les années à venir. Ce document engage le pays à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 28 % d'ici 2030 et de 32 % d'ici 2035, par rapport au scénario de statu quo.

Sur la réduction prévue d'ici 2030, 8,5 % correspondent à un engagement inconditionnel, tandis que les 19,5 % restants dépendent de financements extérieurs, de transferts de technologies, de renforcement des capacités et de la coopération internationale. Les investissements nécessaires aux mesures d'atténuation sont estimés à environ 11,468 milliards de dollars américains.

En matière d’adaptation, la contribution comprend 41 mesures et 155 cibles réparties dans sept secteurs prioritaires, pour un investissement estimé à environ 12,251 milliards de dollars américains. Le document précise que ce dernier chiffre constitue une estimation minimale, certaines mesures n’ayant pu être évaluées économiquement faute d’informations suffisantes, et d’autres pouvant nécessiter des ressources supplémentaires.

Au total, les estimations relatives à l'atténuation et à l'adaptation dépassent 23,7 milliards de dollars américains. Il ne s'agit pas de fonds disponibles ni de crédits budgétaires approuvés, mais plutôt de ressources estimées pour la mise en œuvre des actions prévues.

Le budget et ses contradictions

L’exécution budgétaire offre une autre perspective sur la relation entre les engagements climatiques et les dépenses publiques.

Le rapport d’exécution budgétaire de janvier à décembre 2025, publié par la Direction générale du budget (DIGEPRES), fait état de 158 845 millions de RD$ exécutés par le gouvernement central au titre de la lutte contre le changement climatique.

Sur ce montant, 49 420,6 millions de RD$, soit 31,1 %, correspondent à des dépenses à impact positif, tandis que 109 424,4 millions de RD$, soit 68,9 %, ont enregistré un impact négatif. Les services économiques représentent 91,7 % des dépenses classées et la protection de l’environnement, 7,6 %.

Ce montant total ne signifie pas que l'État a alloué 158 845 millions de pesos dominicains exclusivement à la lutte contre le changement climatique. Cette classification distingue les dépenses ayant des effets à la fois positifs et négatifs sur le climat, et son importance réside dans le fait qu'elle montre que le budget inclut des actions liées à l'adaptation et à l'atténuation, en plus des activités qui génèrent des impacts climatiques néfastes.

Des plans à la protection efficace

La COP31 réunira les pays autour des thèmes de l'adaptation, du financement, de la transition énergétique et de la résilience des villes.

Pour la République dominicaine, la discussion a une dimension concrète : le pays a actualisé ses engagements climatiques, dispose d’un plan d’adaptation sanitaire et d’outils pour anticiper les risques épidémiologiques.

Toutefois, leurs propres documents font état de contraintes financières, d'objectifs toujours fixés pour 2030 et de systèmes d'alerte précoce dont la couverture est incomplète. Les données du recensement révèlent également des disparités d'accès à l'eau et à l'assainissement entre les ménages urbains et ruraux.

L’écart entre les engagements et la protection effective ne peut se mesurer uniquement au nombre de plans approuvés ou d’objectifs annoncés. Il est également nécessaire d’examiner les ressources disponibles, l’état d’avancement des mesures, la couverture territoriale et la capacité des institutions à maintenir leurs services face à des événements extrêmes.

Dans une communauté confrontée à une alimentation en eau irrégulière, dans une habitation située en zone inondable ou dans un hôpital menacé de coupures de service, l’adaptation au changement climatique cesse d’être un simple concept de négociation internationale. Elle devient une condition essentielle à la protection de la santé, des moyens de subsistance et de la sécurité de la population.

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Solangel Valdez
Solangel Valdez
Journaliste, photographe et spécialiste des relations publiques. Aspirante écrivaine, lectrice, cuisinière et voyageuse.
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