Si l'on devait dresser la liste des plaintes les plus fréquentes concernant les projets nouvellement achevés dans notre région, les fuites arriveraient en tête. Pas en cinquième position. Pas parmi les problèmes mineurs. En première position. Avant les finitions, avant les portes qui ne ferment pas, avant tout autre défaut.
Le paradoxe, c'est que le problème ne se limite pas aux bâtiments anciens. Des immeubles livrés il y a plusieurs mois présentent déjà des fuites. Des tours vendues comme des appartements haut de gamme ont des traces d'humidité aux plafonds et aux murs avant même que l'acheteur ait fini de déballer ses affaires.
Le problème ne réside pas dans les matériaux. Il existe d'excellents produits d'étanchéité sur le marché : membranes d'asphalte, polyuréthanes, systèmes cimentaires, feuilles de PVC. Le problème, c'est la pose. Plus précisément, les détails de construction qui sont négligés, simplifiés ou omis par souci de gain de temps.
Les points critiques sont toujours les mêmes : les jonctions entre la toiture et les murs verticaux, les bords des descentes d’eaux pluviales, les passages de tuyaux, de câbles et de gaines, les changements de niveau, les angles rentrants et les parapets. Chacun de ces points exige un traitement spécifique (renforcement, recouvrement, étanchéité) qui ne tolère aucune improvisation. Et c’est précisément à ces points que l’on a tendance à négliger certains aspects.
L'imperméabilisation appliquée sur une surface sale n'adhérera pas. Une membrane dont les joints ne se chevauchent pas suffisamment laisse passer l'eau. Un drain sans renfort périphérique devient le point de fuite idéal. Un mur vertical sans plinthe permet à l'eau de s'infiltrer par l'angle le plus vulnérable de toute la structure.
Et le pire, c'est que les fuites ne sont pas immédiates. Il peut s'écouler des semaines, voire des mois, avant qu'elles ne se manifestent : le temps que l'eau s'infiltre à travers la dalle, par la plus infime fissure, jusqu'à former une tache au plafond de l'appartement du dessous. À ce stade, les dégâts sont déjà irréversibles. La réparation implique de démolir les finitions, de localiser le point d'infiltration – qui se situe presque toujours au-dessus de la tache – et de refaire les travaux qui auraient dû être effectués correctement dès le départ.
Le coût d'une étanchéité correcte d'un toit ou d'une terrasse représente entre 2 % et 4 % du coût total de la construction. Le coût de la réparation d'une fuite après la fin des travaux peut être 10 à 15 fois supérieur, sans parler des dommages causés à la réputation du projet et de la frustration de l'acheteur qui a payé pour un ouvrage censé être fonctionnel.
Si vous construisez : examinez les détails, pas seulement l’application générale. Si vous achetez : demandez quel système d’étanchéité est installé sur votre toiture, qui l’a posé et quelle est la durée de la garantie. Si la réponse est vague, vous savez où vous risquez d’avoir des problèmes.
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