La cuisine de votre grand-mère faisait probablement 8 mètres carrés. Peut-être moins. Et elle était fonctionnelle. Vous saviez où se trouvait chaque chose. Vous vous déplaciez machinalement. Tout rentrait. Rien n'était gaspillé.
Aujourd'hui, vous avez une cuisine de 20 ou 25 mètres carrés avec un îlot en quartz, un robinet design et un tiroir motorisé à ouverture automatique. Et impossible de trouver la passoire.
Le problème n'est pas la taille, mais la conception. Et la conception des cuisines a davantage évolué ces cinq dernières années qu'au cours des cinq décennies précédentes.
Pendant 80 ans, la norme était le triangle d'activité : la relation entre le réfrigérateur, l'évier et la cuisinière. Ce modèle a été créé dans les années 1940, à une époque où une seule personne cuisinait, où les tâches s'enchaînaient et où la cuisine était un espace clos et fonctionnel. Ce modèle a remarquablement bien fonctionné pour son temps. Mais il est aujourd'hui dépassé.
Aujourd'hui, la cuisine est le cœur de la maison. On y cuisine ensemble, en couple, avec les enfants, entre amis. Pendant que l'un coupe les légumes, un autre fouille dans le réfrigérateur, un autre prépare le café et un enfant fait ses devoirs sur l'îlot central. On y trouve un coin café, un four supplémentaire, un tiroir chauffant et un deuxième évier de préparation. La cuisine n'est plus un simple passage entre trois points, mais un espace où tout se déroule simultanément.
Le modèle qui remplace le triangle d'activité est appelé aménagement par zones d'activité. Au lieu d'organiser la cuisine autour de trois appareils, elle est organisée autour de fonctions : une zone de préparation avec son propre plan de travail, des couteaux et un accès rapide aux ingrédients ; une zone de cuisson avec la plaque de cuisson, le four, les ustensiles et les épices ; une zone de nettoyage avec l'évier principal, le lave-vaisselle, la poubelle et le bac de recyclage ; une zone de rangement avec un garde-manger, des produits secs et des conserves ; et des zones complémentaires pour le café, les boissons ou les en-cas.
Chaque zone est équipée du nécessaire et agencée en fonction de son interaction avec les autres, et non en fonction de la distance entre trois appareils. Il en résulte une cuisine où deux ou trois personnes peuvent travailler simultanément sans se gêner, où chaque activité a sa place et où la circulation s'adapte à votre mode de vie, et non aux habitudes culinaires de 1944.
Ce qui rend une cuisine vraiment fonctionnelle ne se voit pas sur les images de synthèse. C'est la hauteur du plan de travail, qui doit être adaptée à la taille de la personne qui cuisine, et non à la norme standard de 90 centimètres. C'est la profondeur des tiroirs du bas, qui détermine si l'on peut y ranger de grandes casseroles ou seulement de petites poêles. C'est la distance entre l'îlot et les placards : si elle est inférieure à 1,10 mètre, deux personnes ne peuvent pas se croiser. C'est l'emplacement de la prise électrique pour les petits appareils : si l'on doit débrancher le grille-pain pour brancher le mixeur, c'est que l'on a oublié de penser à vous.
Une cuisine bien agencée ne se remarque pas, elle se vit. On arrive, on cuisine, on nettoie, et tout s'enchaîne sans effort. Une cuisine mal agencée nous le rappelle chaque jour : chaque fois qu'il faut traverser toute la cuisine pour jeter quelque chose, chaque fois qu'un tiroir se heurte à un autre, chaque fois que la vapeur de la cuisinière nous fouette le visage parce que la hotte est mal positionnée.
Si vous concevez votre cuisine ou évaluez un projet, oubliez le triangle d'activité comme unique règle. Réfléchissez plutôt à votre façon de cuisiner, au nombre de personnes qui utilisent cet espace et à toutes les autres activités que vous y pratiquez. Et si votre architecte ne parle que de finitions sans vous demander comment vous vivez votre cuisine, demandez-lui de revoir sa copie.
Lectures recommandées :




