Repenser le lien entre les pensions et le logement est, par essence, une décision de politique publique
Par Francisco Tavárez
Spécial pour El Inmobiliario
Le système de retraite dominicain gère plus de 1 300 milliards de pesos dominicains, fruits de l’épargne de millions de travailleurs. Cependant, ce volume de ressources s’accompagne d’une réalité préoccupante : le déficit croissant de logements dans le pays, estimé entre 1 et 1,2 million d’habitations, et la détérioration progressive de l’accès à un logement décent pour ceux qui constituent cette épargne, en raison de la hausse du coût des matériaux et fournitures de construction, du prix des terrains et d’autres facteurs.
Le paradoxe est flagrant. Si les caisses de retraite des travailleurs contribuent au financement de secteurs de l'économie, notamment le développement immobilier, une grande partie de la population active n'a même pas accès à un logement social, dont le coût est estimé à 5,4 millions de pesos dominicains d'ici 2026 par la DGII (Direction générale des impôts internes). Avec des salaires moyens d'environ 34 000 pesos dominicains dans le secteur formel, selon les données de la Surintendance des pensions (SIPEN), l'accession à la propriété est devenue, dans bien des cas, un objectif inaccessible.
Ce scénario soulève une question cruciale : le système de retraite peut-il offrir des prestations sans compromettre son rôle futur ? La réponse, étayée par l’expérience internationale, est affirmative. Et le point de convergence est clair : le logement social.
Promouvoir l'accès à un logement abordable a non seulement un impact social évident, mais constitue également un puissant levier économique pour stimuler la croissance. Le secteur de la construction contribue à hauteur d'environ 14 % au PIB et possède l'une des plus importantes chaînes de production internes. Accroître les investissements dans ce secteur n'est pas seulement une question de politique sociale ; c'est un développement qui influence les classes moyennes et populaires, ainsi que le tissu économique de l'industrie de la construction et des sous-secteurs connexes.
Il est possible de développer des initiatives concrètes permettant d'aligner l'épargne-retraite sur les solutions de logement : 1- La création d'un fonds spécialisé pour le logement des travailleurs, alimenté par une part modérée des ressources gérées par les gestionnaires de fonds de pension (AFP). Ce fonds permettrait le développement de projets répondant à des critères sociaux clairs.
2. La création de fonds de logement à vocation sociale. Bien que cet instrument financier existe déjà, son utilisation pourrait être orientée vers des projets à prix réglementés, indexés sur les revenus des travailleurs et accordant un accès prioritaire aux bénéficiaires du système. 3. L'émission d'obligations de logement social, permettant à l'État d'investir des ressources à long terme dans des projets de logement, d'offrir des rendements stables aux caisses de retraite et d'accroître l'offre de logements à prix abordable.
Enfin, l’utilisation partielle et encadrée de l’épargne individuelle pour faciliter l’accès à la propriété d’un premier logement, que ce soit à titre d’apport initial ou de garantie, pourrait être envisagée. Ce mécanisme contribuerait à réduire l’une des principales dépenses des ménages et à améliorer leur bien-être tout au long de leur vie.
L’impact de ces mesures serait multiple : réduction du déficit de logements, amélioration des salaires réels grâce à la diminution du poids du logement, revitalisation de l’économie et renforcement de la légitimité du système de retraite.
Il ne s'agit pas de modifier fondamentalement le système de retraite, mais de moderniser son approche. L'épargne des travailleurs doit contribuer non seulement à assurer leur avenir, mais aussi à améliorer leurs conditions de vie actuelles.
Repenser le lien entre les retraites et le logement est, par essence, une décision de politique publique. Et, surtout, une occasion d'aligner développement économique et protection sociale.
L'auteur est un universitaire et chercheur à l'UASD. Professeur d'économie à la Faculté des sciences économiques et sociales (FCES).
Contenu initialement publié dans le numéro 15 de l'édition imprimée El Inmobiliario .
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