Par Yermys Peña
Spécial pour El Inmobiliario
Dans le monde des affaires, ralentir n'est pas envisageable. Du moins, c'est ce que dicte le système. Dès le départ, le message est clair : il faut avancer, se développer, produire, se maintenir. Objectifs trimestriels, prévisions de rentabilité, pression du marché et attentes internes rythment le quotidien.
Mais il existe un coût caché qui n'apparaît pas dans les états financiers : la santé émotionnelle de l'entrepreneur.
Nombreux sont les dirigeants qui se réveillent l'esprit en état d'alerte maximale et se couchent épuisés, l'esprit tourmenté par des ruminations incessantes sur les « et si ? ». Et si quelque chose tourne mal ? Et si ça ne marche pas ? Et si je perds mon élan ?
Le problème n'est pas le manque d'intensité. Le problème, c'est de ne pas savoir s'arrêter. De ne pas pouvoir le faire sans culpabiliser. Sans avoir l'impression de trahir l'image du « leader infatigable ».
Et c'est là que le véritable tribut commence à payer. Celui qui ne se lit pas sur les papiers, mais qui affecte tous les aspects de la vie : irritabilité, manque de concentration, déconnexion émotionnelle, insomnies. Les relations personnelles en pâtissent. Le corps envoie des signaux d'alarme. Mais l'organisme continue de pousser. Car s'arrêter, semble-t-il, est un signe de faiblesse.

J'ai parlé avec des hommes et femmes d'affaires admirables, des dirigeants de grandes organisations, qui sont financièrement et physiquement stables… mais émotionnellement épuisés. Certains ont perdu le contact avec leurs propres besoins ; d'autres ne se souviennent plus de la dernière fois où ils ont ressenti une paix intérieure. La fatigue se banalise. Elle se dissimule derrière des platitudes comme : « C'est le jeu », « Le succès a un prix », « Je me reposerai plus tard. ».
Alors, quand ?
Quand le corps tombe malade ?
Quand l'esprit se paralyse lors d'une réunion cruciale ?
Quand la famille ne reconnaît plus l'être humain derrière le rôle ?
Dans une culture qui glorifie la performance constante, on confond souvent résilience et résistance. Or, résister sans maîtriser ses émotions n'est pas de la force, c'est de l'épuisement chronique. Et tout ce qui est entretenu sans soin finit par se briser.
Il ne s'agit pas de se retirer à la montagne ou de méditer sous un arbre. Il s'agit de quelque chose de bien plus urgent et de moins exotique : les dirigeants doivent apprendre à gérer leur propre énergie, et pas seulement celle de leur entreprise.
Car un dirigeant divisé finit par bâtir des organisations qui, tôt ou tard, reflètent cette division.
Dans un monde de plus en plus instable, le vrai luxe ne réside pas dans la possession de plus de biens. Il s'agit de garder son calme face à l'incertitude. Il s'agit d'être pleinement présent, de penser clairement, d'être en harmonie avec soi-mêmede maintenir un équilibre entre les différentes dimensions du bien-être : santé, travail, vie de famille, vie sociale et espace personnel. Car lorsqu'un de ces aspects est déséquilibré, les autres le sont également. Et cet équilibre ne peut être délégué ni automatisé : il se cultive avec intention, attention et constance.
La question n'est plus de savoir si vous pouvez continuer. La vraie question est :
pouvez-vous vous arrêter sans avoir l'impression de vous effondrer ?
Car si vous n'y parvenez pas… peut-être n'êtes-vous pas un leader. Peut-être vous contentez-vous de survivre.
L'auteur est architecte et entrepreneur dans le secteur de la construction. Membre du Forbes Business Council.




