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« Je ne paie pas d’architectes ; n’importe quel professeur peut s’en charger. » L’informalité transforme la ville en bidonville et pénalise les promoteurs responsables

« Je ne paie pas d'architectes, n'importe quel bricoleur peut le faire. » Cette phrase, de plus en plus courante dans les quartiers du Grand Saint-Domingue, est devenue un symbole pour une part importante de la population. En République dominicaine, la construction informelle n'est plus l'exception, mais la norme. Cette expression reflète une mentalité qui sous-estime l'importance d'une conception formelle et du respect des réglementations, ignorant que derrière cette apparente « économie » se cache une bombe à retardement qui affecte gravement la qualité du logement, la sécurité des familles, l'urbanisme, l'investissement immobilier et le développement harmonieux de nos villes.

Parallèlement, les promoteurs immobiliers traditionnels — ceux qui rémunèrent architectes, ingénieurs, permis, licences et autres frais — sont confrontés à des obstacles et exigences bureaucratiques de plus en plus coûteux, qui ralentissent les projets et font exploser les budgets. Paradoxalement, ceux qui contournent le système, construisent sans plans ni supervision technique et ne paient aucun impôt, en retirent souvent des avantages considérables, sans aucun contrôle. Cette contradiction crée un contexte où bien faire les choses devient un frein, tandis qu'agir en toute indépendance est presque un atout.

Le coût caché du «bon marché»

Chaque année, des milliers de maisons sont construites sans permis de construire, sans la signature d'un architecte ou d'un ingénieur agréé, et sans respect des normes minimales de sécurité structurelle, de ventilation, de drainage ou d'assainissement. Elles sont érigées sur des structures anciennes et mal renforcées, ou sur des terrains inadaptés, souvent sans étude préalable de la portance ou de la structure du sol. Escaliers de fortune, colonnes mal coulées, câbles électriques apparents et citernes polluantes sont monnaie courante.

Ce qui commence comme une solution finit par coûter très cher : fuites constantes, effondrements, surpeuplement, inondations, pertes financières, vies humaines en danger, et même batailles juridiques faute de titres de propriété ou de permis. Dans des quartiers comme Herrera, Los Alcarrizos, La Zurza et Villa Mella, nombreux sont ceux qui ont perdu toutes leurs économies en tentant de construire « sans trop de papiers » et se sont retrouvés avec une construction inhabitable ou invendable.

La construction informelle comme menace structurelle

D'après le ministère de l'Économie, de la Planification et du Développement, plus de 62,5 % des logements construits en République dominicaine entre 2012 et 2022 l'ont été de manière informelle, c'est-à-dire sans permis, sans plans ni supervision technique. Dans le Grand Saint-Domingue, ce chiffre dépasse 71 %, et dans certaines municipalités, comme Saint-Domingue Nord et Saint-Domingue Ouest, on estime que plus de 80 % des petits chantiers de construction ne sont ni déclarés ni légalisés.

Nombre de ces bidonvilles se situent dans densément peuplées ou à forte vulnérabilité sismique. Selon l'Office national d'évaluation sismique (ONESVIE), 80 % de ces bâtiments présentent de graves défauts structurels. Et bien qu'ils soient présentés comme des « maisons familiales », beaucoup sont construits dans le but de louer les étages supérieurs ou de subdiviser les espaces sans infrastructures adéquates, ce qui engendre un surpeuplement et met à rude épreuve les services publics.

Les collectivités locales : une partie de la solution

Bien que la surveillance ait historiquement été insuffisante , plusieurs municipalités du Grand Saint-Domingue ont commencé ces dernières années à mettre en œuvre des mesures plus strictes pour contrôler la construction informelle, en promouvant des brigades techniques, des programmes de régularisation et des campagnes de sensibilisation. Ces efforts méritent d'être salués et soutenus par l'ensemble de la société. La solution à l'informalité ne peut reposer uniquement sur les collectivités locales, mais doit impliquer l'État, le secteur privé, l' des ingénieurs, architectes et géomètres de la République dominicaine (CODIA) et les citoyens.

Nous devons nous engager à construire selon des critères techniques, car chaque fois qu'un projet de construction est toléré sans plans ni mesures de sécurité, la vie d'autrui est mise en danger et l'ordre public de toute la ville est perturbé.

Les promoteurs immobiliers formels restent pénalisés

Pendant ce temps, les immobiliers continuent de supporter le poids du système. Outre le paiement des honoraires des architectes inscrits, des ingénieurs en structure, des levés topographiques, des permis municipaux, environnementaux et du ministère des Travaux publics, ils doivent également s'acquitter des frais de la CODIA, des taxes locales et même des nouvelles hausses d'impôts proposées au niveau local.

Par exemple, en 2024, des ajustements des redevances au mètre carré de construction ont été envisagés, ce qui renchérirait les projets immobiliers légaux sans pour autant améliorer proportionnellement l'application de la réglementation contre les constructions informelles. Il en résulte une concurrence déloyale qui menace la viabilité du modèle formel.

Qui réglemente la ville ?

La question reste ouverte. Malgré les efforts municipaux, 75 % des collectivités locales ne disposent pas d'équipes techniques suffisantes, selon la Fédération dominicaine des municipalités (FEDOMU). Cela limite leur capacité à traiter les plaintes, à inspecter les chantiers ou à faire appliquer les sanctions. De ce fait, une urbanisation anarchique s'est développée dans de nombreuses régions, sans contrôle ni planification.

Ce désordre nous coûte aussi en tant que citoyens

Chaque chantier informel qui surgit sans contrôle perturbe le quotidien de chacun. Il en résulte des rues plus étroites et plus encombrées, des réseaux d'eau et d'électricité saturés, un risque accru d'inondations et de glissements de terrain, du bruit, des déchets et du chaos. De plus, il dévalorise les propriétés voisines et freine le développement de projets bien planifiés. En tant que citoyens, nous en subissons les conséquences : une qualité de vie moindre, un accès réduit aux services publics et une ville de plus en plus difficile à vivre.

La CODIA et les autorités doivent assumer leur rôle

L'Ordre des ingénieurs, architectes et géomètres de la République dominicaine (CODIA) ne peut plus rester silencieux. Il est temps de mener une campagne de sensibilisation et de contrôle afin de garantir que toute construction, quelle que soit son ampleur, porte la signature d'un professionnel agréé. De même, l'État doit mettre en place un de surveillance , assorti de sanctions claires pour ceux qui persistent à construire sans respecter la réglementation.

Un appel aux développeurs responsables

Ceux d'entre nous qui respectent les règles, ceux d'entre nous qui s'engagent à bien faire les choses, ne peuvent tolérer que l'informalité devienne la norme. C'est un appel à la prise de parole ,à exiger des conditions équitables et à promouvoir une culture de légalité et de qualité dans le secteur de la construction.

Car si la construction formelle continue d'être synonyme de bureaucratie, de coûts supplémentaires et d'obstacles, et que la construction informelle devient plus facile et plus rentable, nous encourageons le chaos et décourageons l'investissement responsable.

Bien construire devrait être la norme, et non l'exception. Dans ce combat, nous devons tous – citoyens, autorités, associations professionnelles et promoteurs – être unis.

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Le contenu et les opinions exprimés ici n'engagent que leur auteur. Inmobiliario.do décline toute responsabilité quant à ces déclarations et ne les considère pas comme un engagement éditorial.
Joan Feliz
Joan Feliz
Il est titulaire d'un MBA spécialisé en marketing digital, directeur des opérations de l'entreprise de construction Incaribe, et possède plus de 10 ans d'expérience dans les secteurs de la construction et du tourisme.
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