Avis sur les contrats abusifs dans le secteur immobilier : quand tout est mis par écrit…

Contrats abusifs dans l'immobilier : quand le papier résiste à tout… sauf à la confiance

Tout ce qui est signé n'est pas forcément équitable. Les clauses abusives dans les contrats d'achat et d'option n'affectent pas seulement l'acheteur : elles érodent la confiance, nuisent à la réputation du secteur et freinent l'investissement

Il existe une réalité que nous devons aborder de manière responsable : dans le secteur immobilier dominicain, tous les contrats ne sont pas équitables, même s’ils sont signés.

Comme le savent ceux qui pratiquent ce métier, le papier peut résister à tout... mais le marché ne pardonne pas tout.

Ces derniers mois, j'ai examiné des contrats d'achat d'options et des accords de vente qui, loin de refléter un équilibre juridique, fonctionnent comme des structures conçues pour transférer la quasi-totalité du risque à une seule partie : l'acheteur

Clauses disproportionnées. Pénalités abusives. Pertes automatiques de sommes importantes. Frais fictifs. Renonciations implicites aux droits fondamentaux. Bref, une folie pure et simple.

Des contrats qui, sans exagération, sont épouvantables.

Qu’est-ce qu’un contrat prédateur exactement ?

En termes juridiques, on parle de contrat léonin lorsqu'il existe une disproportion manifeste entre les obligations des parties, favorisant injustement l'une d'entre elles.

Bien que le Code civil dominicain n’utilise pas expressément le terme « léonin » dans tous les contextes contractuels, il établit des principes fondamentaux qui en limitent l’usage :

  • Article 1134 du Code civil : les contrats doivent être exécutés de bonne foi.
  • Article 1131 et suivants : la cause doit être licite.
  • Principe général d'équilibre contractuel : implicite dans tout système de droit civil.

De plus, la loi 358-05 sur la protection des consommateurs interdit les clauses abusives qui placent le consommateur dans une situation de désavantage excessif ou limitent ses droits.

Autrement dit, tout document signé n'est pas valable simplement parce qu'il est signé.

Le problème n'est pas le contrat... c'est l'abus.

Soyons clairs : ni le contrat d’option d’achat ni le contrat de promesse de vente ne sont en cause.

Ce sont des chiffres légitimes, nécessaires et largement utilisés dans le développement immobilier, notamment dans les projets sur plan.

Le problème survient lorsque :

  • Des conditions sont imposées que l'acheteur ne peut négocier
  • Des sanctions disproportionnées sont établies
  • Le promoteur est autorisé à enfreindre le contrat sans conséquences réelles
  • Le remboursement des fonds est limité ou rendu plus difficile, même pour des raisons justifiées

Et pire encore : lorsque l'acheteur découvre ces conditions après avoir payé des sommes importantes, la réponse ne tarde pas : « c'est dans le contrat », comme si la simple inclusion d'une clause suffisait à légaliser ce qui est manifestement injuste.

Quand le contrat devient un piège

J'ai vu des cas où un acheteur, après avoir souhaité se retirer d'un projet pour des raisons valables, se retrouve confronté à des clauses qui :

  • Ils lui font perdre la totalité de la somme qu'il a versée
  • Ils lui infligent des sanctions cumulatives
  • Ils bloquent toute voie de recours effective

À ce stade, le contrat cesse d'être un outil de sécurité juridique et devient un piège juridique.

Et c'est là que commence un autre problème : de longues procédures judiciaires, une tension émotionnelle, des pertes financières… et une perception dévastatrice du marché.

L'impact que beaucoup ne voient pas

C’est là que le problème cesse d’être individuel et devient sectoriel.

Un acheteur victime d'un contrat abusif :

  • Il n'investira plus
  • Méfiez-vous du système
  • Il met en garde les autres investisseurs
  • Cela affecte la réputation du pays en tant que destination d'investissement

Surtout lorsqu'il s'agit de la diaspora dominicaine ou des investisseurs étrangers. 

Et le plus délicat : le conseiller immobilier en subit également les conséquences, même s’il n’a pas rédigé le contrat.

Car, dans l'esprit du client, tout fait partie du même écosystème.

Il ne s'agit pas d'affaiblir le développeur, mais de trouver un équilibre

Il est important de préciser un point : protéger l'acheteur ne signifie pas laisser le promoteur sans protection.

Le promoteur immobilier est confronté à des risques légitimes : coûts de construction, fluctuations du marché, défauts de paiement des acheteurs.

Mais l'équilibre contractuel ne peut être atteint au prix de la quasi-annulation des droits de l'une des parties.

Car lorsque cela se produit, il ne s'agit plus d'un contrat... mais d'un abus de pouvoir.

Un appel nécessaire au secteur

Aujourd'hui plus que jamais, le secteur immobilier dominicain occupe une position privilégiée.

Nous avons de la demande. Nous avons des investissements étrangers. Nous avons du développement et bien plus encore.

Mais nous avons aussi une responsabilité.

Nous ne pouvons pas nous permettre d'affaiblir le secteur même qui nous fait vivre. Car ce marché est notre gagne-pain, notre croissance et le soutien de nos familles.

En tant qu'avocats, promoteurs immobiliers, agents immobiliers, nous sommes appelés à élever le niveau.

Élaborer des contrats clairs, équilibrés, exécutoires et qui génèrent la confiance.

Et oui, il nous faut même aborder la question de la nécessité de modèles contractuels plus standardisés qui protègent les opérations commerciales sans compromettre la sécurité juridique de l'acheteur. Car nous ne pouvons plus nous permettre d'improviser des clauses à notre guise, en partant du principe erroné que tout peut être écrit, alors que c'est la confiance dans tout un secteur qui est en jeu.

Cela nous amène à réfléchir. Car au final, la vraie question n'est pas de savoir si le contrat est légal… mais s'il est équitable.

Et sur un marché où la confiance est l'atout le plus précieux, il est bon de se souvenir d'un point essentiel :

Un contrat inéquitable peut conclure une vente aujourd'hui… mais il peut aussi paralyser le marché demain.

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Le contenu et les opinions exprimés ici n'engagent que leur auteur. Inmobiliario.do décline toute responsabilité quant à ces déclarations et ne les considère pas comme un engagement éditorial.
Reyna Echenique
Reyna Echenique
Elle est avocate spécialisée en droit immobilier, entrepreneure dans l'immobilier, PDG du groupe Echenique, coach, formatrice et conférencière certifiée par John Maxwell et Tania Báez, secrétaire du conseil d'administration de l'AEI 2024-2026, et agent immobilier spécialisée dans le secteur immobilier dominicain et international.
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