Pendant des années, en tant qu'auditeur de projets de construction en République dominicaine, je n'ai dû intervenir qu'une fois les problèmes déjà enclenchés : retards, dépassements de coûts, conflits entre les parties et, souvent, batailles juridiques qui auraient pu être évitées. Et j'arrive presque toujours à la même conclusion : si ce projet avait été audité à temps, la situation aurait été bien différente.
Dans notre pays, l'idée persiste que l'audit est synonyme de problème. On considère encore souvent que les audits servent à trouver des coupables ou à dénoncer les malversations financières. En réalité, l'audit est un outil de prévision et de prévention.
L'audit technique repose sur trois piliers fondamentaux :
- L’aspect technique, où nous identifions les écarts par rapport à la réglementation, les détails mal exécutés ou les solutions improvisées qui engendrent ultérieurement des dysfonctionnements.
- L'analyse économique consiste à examiner comment le budget réel se compare aux prévisions, en détectant les dépassements de coûts, les postes déséquilibrés ou les mauvaises prévisions.
- La section juridique, où nous examinons la conformité contractuelle et les risques qui pourraient ultérieurement donner lieu à des problèmes juridiques.
Lorsque nous auditons un projet au sein de notre entreprise, nous ne nous contentons pas d'examiner les plans ou les métrés.
Nous avons constaté des cas où une décision technique apparemment mineure mais malavisée a fini par multiplier les coûts quelques mois plus tard.
Nous avons également constaté des projets où, faute d'audits réguliers, les budgets ont explosé, impactant directement les marges bénéficiaires du promoteur et de l'entrepreneur. Et surtout, nous avons vu des projets se retrouver embourbés dans des litiges parce que personne n'a détecté les défauts à temps.
Les audits techniques périodiques des projets de construction permettent un élément crucial : une évaluation réaliste de l’avancement du projet. Il ne s’agit pas seulement d’identifier les erreurs, mais aussi de réajuster le plan, de mettre à jour le calendrier et de prendre des décisions fondées sur des informations claires.
C’est là que l’investissement est véritablement protégé. Car un projet ne se détériore pas du jour au lendemain ; il se dégrade petit à petit, et si personne ne le mesure, personne ne le corrige.
Dans de nombreux projets auxquels nous avons participé, la mise en place d'un audit continu a permis d'observer des changements significatifs : réduction des improvisations, meilleure maîtrise des coûts et, surtout, minimisation des conflits entre les parties prenantes.
L'audit ne remplace pas la supervision des travaux ; il la complète. Tandis que la supervision contrôle l'exécution quotidienne, l'audit analyse le projet dans une perspective plus large et stratégique.
Dans notre pays, nous devons changer notre perception de ce processus. L'audit n'est pas synonyme de méfiance ; il vise une meilleure gestion. Il s'agit de protéger l'investissement, la qualité du travail et la réputation des personnes impliquées.
D'après notre expérience, les projets audités en temps voulu donnent non seulement de meilleurs résultats, mais coûtent aussi moins cher. Car dans le bâtiment, comme dans presque tous les domaines, ce qui n'est pas contrôlé à temps finit par coûter plus cher… et presque toujours davantage.
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