La véritable force ne réside pas dans le fait d'endurer tout, mais dans la capacité à reconnaître quand s'arrêter, demander de l'aide ou simplement accepter que l'on ne peut pas toujours tout gérer.
SAINT-DOMINGUE. – « Même le béton se fissure. » C’est avec cette puissante métaphore que la psychologue clinicienne et thérapeute familiale et de couple Itania María a ouvert une profonde réflexion lors de sa participation à la rencontre Concrete Woman : Breaking Glass Ceilings, un espace dédié au leadership et au développement des femmes dans différents domaines professionnels.
La spécialiste a utilisé l'image du béton, symbole de résistance et de fermeté, pour remettre en question une idée que, expliquait-elle, de nombreuses femmes ont intériorisée tout au long de leur vie : l'obligation de pouvoir tout gérer.
« Nous pouvons tout faire » est une phrase souvent célébrée comme un symbole de la force féminine, mais elle peut aussi devenir un fardeau silencieux.
De ce point de vue, la psychologue a suggéré que reconnaître ses propres limites est aussi une forme de force. « Il y a des moments où l'on ne peut tout simplement pas, et c'est tout à fait normal », a-t-elle expliqué, encourageant les participants à se libérer de la pression de toujours paraître invulnérables.
Sa présentation portait sur l'importance de la santé mentale au travail, notamment pour les personnes occupant des postes de direction. À ce titre, elle a insisté sur la nécessité d'identifier les facteurs de stress liés au travail – pressions, exigences constantes ou attentes extérieures – et de développer des stratégies pour y faire face sainement. « Et si vous sentez que vous n'y arrivez plus, n'hésitez pas à demander de l'aide professionnelle. ».
Un autre aspect essentiel de sa présentation portait sur le développement d'une saine estime de soi chez les dirigeants. Elle a expliqué qu'une personne sûre d'elle communique avec clarté et assurance, ce qui favorise une communication assertive au sein des équipes de travail.
Ce mode de communication permet d'exprimer des idées, des besoins et des limites sans agressivité, mais aussi sans les silences qui résultent de l'insécurité.
La thérapeute a également abordé un sujet qui génère souvent des tensions dans les milieux professionnels : la comparaison avec les autres, et en réponse, elle a proposé une perspective différente fondée sur la clarté de l’objectif.
Au lieu de mesurer ses propres progrès par rapport à ceux des autres, il recommandait de se fixer des objectifs personnels et professionnels si solides que les réussites des autres ne deviennent pas une menace ni n'affectent le bien-être émotionnel.
« Lorsque vos objectifs sont clairs et ambitieux, le succès des autres ne vous fait pas bouger », a-t-il expliqué, tout en attirant l’attention sur un phénomène qui alimente la compétition et la frustration dans de nombreux milieux professionnels : la comparaison constante avec ce que les autres projettent, notamment sur les réseaux sociaux.
Au cours de son discours, Itania Maria a expliqué que cette perspective pouvait déformer la perception de la réalité et a averti que, bien souvent, on se retrouve en concurrence avec des images soigneusement construites.
Il a évoqué les « châteaux de sable » et les « coulisses » sur des plateformes comme Instagram, où les récits visuels montrent le succès, la stabilité ou la prospérité, mais ne reflètent pas toujours ce qui se passe réellement en coulisses.
« Sur les réseaux sociaux, on peut voir une vie apparemment parfaite alors que, loin des caméras, la réalité économique ou émotionnelle de cette personne se dégrade complètement », a-t-elle expliqué.
C’est pourquoi elle a insisté sur le fait que la réussite personnelle ne se mesure pas à l’aune de ce que les autres affichent publiquement. Fonder ses propres rêves ou attentes sur ces projections, a-t-elle souligné, peut engendrer de l’anxiété, de la frustration et un esprit de compétition déconnecté de la réalité.
Son invitation était claire : « Ne vous épuisez pas à essayer d'atteindre des modèles qui, dans de nombreux cas, n'existent que sur la surface d'un écran. ».
Au final, le message revenait à son point de départ : la force ne signifie pas une robustesse permanente ni une invulnérabilité.
Dans un contexte où de nombreuses femmes subissent la pression de pouvoir tout faire, au travail, dans leur vie personnelle et aussi en réaction à ce qu'elles voient sur les réseaux sociaux, la psychologue nous a rappelé que la santé mentale implique également de reconnaître ses limites, de remettre en question les comparaisons et de se fixer ses propres objectifs.
Car, comme il l'a résumé, même le matériau le plus résistant peut se briser. Et comprendre que le béton aussi se fissure n'est pas un signe de faiblesse, mais une invitation à exercer un leadership plus conscient, plus humain et plus authentique.
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