SAINT-DOMINGUE – Suite à la décision du président Luis Abinader de renvoyer au Congrès le projet de loi autorisant le paiement des dettes historiques de l'État dominicain envers les entrepreneurs, les secteurs productif et législatif se préparent à une réunion aujourd'hui à 10h00 entre une commission du Collège dominicain des ingénieurs, architectes et géomètres (CODIA) et des membres du conseil d'administration de cet organisme, et des membres du Congrès, dans le but de clarifier les observations présidentielles et d'orienter les prochaines étapes du projet au sein de la chambre législative.
La loi, approuvée par le Sénat le 10 janvier 2026 et adoptée en deuxième lecture par la Chambre des députés le 12 janvier 2026, visait à régler les dettes impayées de l'État envers les petites entreprises et les sociétés ayant réalisé des travaux publics depuis 1996, et ce, pendant des décennies sans avoir été payées. Cette initiative a été adoptée en urgence afin d'autoriser, exceptionnellement et pour une seule fois, la reconnaissance et le paiement des dettes résultant de travaux exécutés sans contrat formel ou faisant l'objet d'une restructuration budgétaire.
À quelle loi le président Abinader fait-il référence ?
La loi reconnaît comme créanciers de l'État les ingénieurs, les entreprises de travaux publics et autres maîtres d'ouvrage ayant réalisé, réceptionné et étant opérationnels – tels que les travaux de pavage, d'entretien des écoles, de surveillance et d'infrastructures diverses – même en l'absence de contrat formel au moment de l'exécution des travaux. Elle stipule que les paiements ne seront effectués qu'une seule fois, empêchant ainsi la création de nouvelles obligations dans les mêmes conditions.
Après son adoption par les deux chambres, la loi a été transmise au pouvoir exécutif pour promulgation ou renvoi assorti d'observations. En l'espèce, Abinader a décidé de la renvoyer au Congrès, arguant qu'elle ne précisait pas les montants totaux, les critères de traitement des dettes ni les mécanismes de financement – autant d'aspects susceptibles d'affecter les finances publiques s'ils n'étaient pas ajustés.
Réunion clé pour définir l'avenir avec les entrepreneurs
Aujourd'hui à 10h00, une réunion est prévue entre les législateurs et les représentants du Collège dominicain des ingénieurs, architectes et géomètres (CODIA) afin d'évaluer si la lettre d'observations envoyée par le pouvoir exécutif a reçu une réponse ou si une nouvelle version du projet de loi, intégrant des ajustements techniques, est nécessaire. Le contenu détaillé de cette lettre n'ayant pas encore été rendu public, cette réunion est cruciale pour comprendre l'état actuel du projet de loi et les points à améliorer.
Pour de nombreux entrepreneurs, techniciens et secteurs productifs, cette session servira de baromètre pour anticiper non seulement les modifications qui seront nécessaires au document, mais aussi le temps qu'il faudra pour que la réglementation retourne en séance plénière du Congrès et, finalement, soit adoptée.
Quel est l'avenir du Congrès ?
Une fois que le Congrès aura reçu la lettre d'observations officielle du pouvoir exécutif – qui n'a pas encore été rendue publique dans son intégralité –, il devra se conformer à une procédure spécifique établie par la Constitution dominicaine :
- Le projet de loi est renvoyé en séance plénière de chaque chambre pour être examiné une nouvelle fois en une seule lecture, en tenant compte des observations présentées par l'exécutif.
- Si les deux chambres approuvent à nouveau la loi à la majorité des deux tiers des voix, la législation est promulguée sans modification.
- Si le Congrès ne donne pas suite à ces observations dans un délai de deux sessions législatives ordinaires, elles sont considérées comme acceptées.
Ce processus nécessite une collaboration technique et politique afin de garantir que la future loi soit solide, financièrement viable et qu'elle offre une solution aux dettes des entrepreneurs qui attendent une réponse depuis des décennies.
Historique des remboursements présidentiels
Cette observation n'est pas un cas isolé sous l'administration Abinader. Depuis son entrée en fonction en août 2020, le président a renvoyé au moins huit projets de loi au Congrès en raison d'incohérences dans leur formulation, leur impact budgétaire ou des suggestions d'amélioration. Parmi ces projets figurent des initiatives relatives aux déchets solides, la création du ministère de la Justice, la loi sur la Cour des comptes, la loi sur le contrôle du Congrès et la loi sur le Tribunal électoral supérieur.
Cette histoire montre qu'avant d'adopter une loi, les pouvoirs exécutif et législatif entament un dialogue technique pour affiner le contenu des réglementations, un processus qui, dans ce cas précis, connaîtra un moment décisif demain.




