Moins de 2 étudiants universitaires sur 100 se forment dans la discipline qui soutient techniquement la croissance urbaine, les infrastructures publiques et les projets de développement du logement et du tourisme.
SAINT-DOMINGUE. – La plus récente infographie sur l'enseignement supérieur, publiée hier par l'Office national des statistiques (ONE), révèle une réalité qui constitue un défi structurel pour le secteur de la construction : le génie civil, pilier de ce secteur, ne compte que 8 995 étudiants inscrits, soit environ 1,73 % du total de 520 524 étudiants dans l'enseignement supérieur à l'échelle nationale.
Ce chiffre est inférieur non seulement à celui des autres carrières traditionnelles, mais aussi à celui du génie industriel, qui compte 12 852 étudiants, soit près de 43 % de plus.
Ce contraste soulève une question cruciale pour le secteur immobilier dominicain : si la base de formation des futurs ingénieurs civils est relativement faible :
Comment le pays pourra-t-il maintenir son rythme actuel de croissance urbaine, d'infrastructures publiques et de projets de développement du logement et du tourisme ?
Les implications de ces données dépassent le cadre de la construction en tant qu'activité économique spécifique et ont un impact direct sur le secteur immobilier, le développement touristique et la politique du logement. Un nombre limité de futurs ingénieurs civils, architectes et professionnels de la conception et de la planification pourrait constituer un frein à l'expansion des projets résidentiels, des complexes hôteliers et des infrastructures connexes.
Dans le secteur immobilier, cela peut se traduire par des coûts structurels plus élevés et une exécution plus lente ; dans le tourisme, par des restrictions sur le développement de nouveaux pôles répondant aux normes internationales ; et dans le logement, par une capacité réduite à accélérer la production nécessaire pour réduire le déficit de logements.
Le capital humain : un facteur déterminant
Si le pays prévoit une croissance urbaine soutenue au cours de la prochaine décennie, la disponibilité de capital humain technique sera un facteur aussi crucial que le financement ou la demande.
Les effectifs universitaires constituent un indicateur avancé de la future offre de main-d'œuvre qualifiée. Ils reflètent non seulement les préférences des étudiants, mais aussi les tendances qui anticipent la disponibilité de professionnels compétents dans les années à venir. Le génie civil forme les personnes qui conçoivent, planifient, supervisent et garantissent la sécurité structurelle des routes, des ponts, des réseaux d'eau potable, des bâtiments et d'innombrables autres ouvrages qui constituent le cœur du secteur de la construction.
Le faible nombre d'étudiants inscrits à ce programme, conjugué à l'absence d'autres disciplines liées au design et à l'aménagement (comme l'architecture, l'architecture d'intérieur ou l'architecture paysagère) dans cette liste, suggère que le système éducatif dominicain n'est pas adapté aux besoins de production à long terme du pays. Or, la construction ne se résume pas au béton et à l'acier : elle englobe le design, la fonctionnalité, la gestion technique et une vision urbaine intégrée.
Voix d'avertissement du secteur

Source : ONE
Bien qu'il n'existe pas de déclarations publiques spécifiques directement liées à l'inscription en génie civil, il existe des prises de position sectorielles qui contextualisent le déficit de supervision et de qualité des travaux, qui peut être aggravé dans un contexte où la base de la formation technique est limitée.
Le président du Collège dominicain des ingénieurs, architectes et géomètres (CODIA) de la région nord, Ramón Martínez, a souligné en octobre 2025 que dans la région de Cibao, plus de 60 % des constructions sont réalisées de manière irrégulière, sans les documents et les approbations techniques requis, ce qui a des conséquences directes sur la sécurité structurelle et la conformité réglementaire.
La qualité d'une construction repose en fin de compte sur une main-d'œuvre professionnelle bénéficiant d'une formation solide, actualisée et spécifique.
Impacts en chaîne

La qualité de la construction repose en définitive sur une main-d'œuvre professionnelle bénéficiant d'une formation solide, actualisée et spécialisée. (Photo/Solangel Valdez).
1. Pénurie structurelle de talents spécialisés.
Avec un nombre modéré d'étudiants en génie civil et l'absence d'autres domaines liés aux projets dans les cursus majoritaires, le secteur risque de connaître une contraction relative du nombre d'ingénieurs et de techniciens spécialisés au cours des 5 à 10 prochaines années. Ceci pourrait se traduire par une concurrence accrue entre les entreprises pour les ressources humaines qualifiées ; une augmentation des salaires pour les profils techniques spécialisés ; et une hausse des coûts de supervision et de gestion de la construction.
2. Qualité et sécurité des projets de construction.
La multiplication des projets de construction sans supervision technique adéquate, dénoncée par le président de la CODIA, est liée à la capacité des entreprises à recruter et à fidéliser des talents qualifiés. Le manque de professionnels peut aggraver ces déficits et engendrer des défauts de structure et de finition ; des problèmes juridiques dus au non-respect de la réglementation ; et des risques potentiels pour la sécurité des utilisateurs finaux des bâtiments et des infrastructures.
3. Baisse de l'innovation et de la productivité sectorielle.
Le secteur de la construction dominicain est confronté à des défis en matière de productivité et de modernisation. D'après les associations professionnelles, la mécanisation et l'utilisation des technologies de pointe ne sont pas encore pleinement mises en œuvre dans tous les secteurs de production, ce qui limite l'efficacité opérationnelle. Disposer de davantage de techniciens et de professionnels spécialisés dans les disciplines connexes, notamment la conception et l'ingénierie, est essentiel pour accélérer l'adoption des nouvelles technologies, des meilleures pratiques et pour renforcer la compétitivité sur les marchés mondiaux.
Capacité technique ?
Les filières STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) représentent environ 17 % des étudiants universitaires dominicains. Le génie civil fait partie de ce secteur stratégique, reconnu internationalement comme le pilier de la formation productive et technologique.
Lorsque la participation étudiante dans ces domaines est faible, l'impact ne se limite pas au milieu universitaire ; il se traduit par une capacité technique moindre pour soutenir les secteurs à forte intensité d'infrastructures, d'innovation et d'aménagement du territoire.
En République dominicaine, la faiblesse des filières scientifiques, technologiques, d'ingénierie et mathématiques (STIM) signifie que la croissance du secteur de la construction et du développement urbain pourrait se heurter, à moyen terme, à des contraintes non pas liées à l'investissement ou à la demande, mais à la disponibilité de main-d'œuvre spécialisée.
Si le secteur de la construction est un moteur d'emploi et de développement urbain, sa pérennité repose sur un système éducatif solide, axé sur les disciplines techniques, scientifiques et par projets.
L'évolution des inscriptions dans l'enseignement supérieur dominicain indique que la demande intérieure dans certains domaines techniques ne se traduit pas par une offre d'étudiants proportionnelle.
Pour le secteur de la construction, étroitement lié au développement immobilier et touristique, cela pourrait se traduire par une pression à la hausse sur les coûts de main-d'œuvre pour les profils techniques ; une capacité réduite en matière de supervision technique et de conformité réglementaire ; des difficultés pour l'innovation et l'adoption des meilleures pratiques de construction ; et des risques liés à la qualité des infrastructures en cours de développement.
Si les tendances actuelles se maintiennent, le pays pourrait faire face à un important déficit structurel entre la demande de main-d'œuvre spécialisée et l'offre de professionnels dans les disciplines fondamentales de la construction, de l'architecture et de l'urbanisme intégré.
La politique éducative et professionnelle de la République dominicaine devrait intégrer ce phénomène au cœur de ses réflexions stratégiques face aux cycles de croissance à venir, tant dans les infrastructures publiques que dans les projets de logements privés et d'aménagement urbain.
Si le pays aspire à pérenniser son expansion urbaine, touristique et résidentielle au cours de la prochaine décennie, le débat sur la formation des ingénieurs et des techniciens n'est pas qu'un enjeu théorique : il est stratégique.
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